La Dimension Internationale du Conflit dans l’Est de la République Démocratique du Congo

Le conflit dans l’Est de la République Démocratique du Congo opposant les Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) aux rebelles du M23 prend une tournure internationale au niveau diplomatique avec des conséquences qui pourraient mettre à mal l’équilibre de la région des Grands Lacs.

L’Origine du Conflit

Le Mouvement du 23 Mars (Mouvement M23) en ses forme et dénomination actuelles naît à la suite de la guerre du Kivu qui s’était conclue par un accord de paix signé à Kinshasa le 23 Mars 2009. Les anciens combattants du Congrès National pour la Défense du Peuple (CNDP) avaient alors été réintégrés dans l’armée nationale.

Estimant que les modalités négociées lors de l’accord de paix n’avaient pas été respectées par le pouvoir de Kinshasa, les anciens membres du CNDP sont devenus mutins en Avril 2012 et ont repris les armes. Le théâtre des conflits se trouve à l’est de la RDC, principalement dans la région de Kivu, qui est à la frontière avec le Rwanda.

Des accusations d’Interférences Rwandaises

Le conflit a connu différentes phases sur la décennie écoulée. Les affrontements ont repris de l’intensité depuis le mois de Mai 2021, provoquant des déplacements continus de population. Les premières accusations d’implication de l’Etat voisin du Rwanda étaient principalement basées sur le fait que les rebelles du M23 étaient en majorité tutsi, l’ethnie étant présente de par et d’autre de la frontière RDC/Rwanda. Des manifestations avaient été organisées en Novembre 2021 notamment à Goma (RDC) par la population Congolaise pour demander la rupture des relations diplomatiques avec Kigali.

Afficher l’image source

Des familles originaires du Sud-Kivu fuient les combats

La grogne civile est remontée au niveau étatique avec la fermeture des frontières terrestres et aériennes. De plus, le gouvernement Congolais a plusieurs fois demandé à son homologue Rwandais de prendre toutes les mesures possibles pour empêcher les factions du M23 de se replier au Rwanda pour se réorganiser et s’approvisionner en armes et munitions. Cependant la position du Président Kagame est claire depuis le début de ce conflit. Le Rwanda ne soutient pas et n’a jamais soutenu une quelconque force d’opposition à un gouvernement démocratiquement élu dans un pays tiers et voisin. Une position qui ne convaincrait pas grand monde du côté Congolais.

Une implication internationale croissante

Afin d’éviter une dangereuse escalade de rhétorique et d’actions entre les deux pays, l’Union Africaine a organisé un mini sommet extraordinaire le 23 Novembre 2022 à Luanda et désigné comme médiateur Son Excellence le Président Joao Lourenço. Etaient présents ou représentés le Président de la RDC Son Excellence M. Tshisekedi, le Président en exercice de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) Son Excellence M. Ndayishimiye, le représentant du Président du Rwanda, Son Excellence M. Kagame, et en Facilitateur des échanges Son Excellence M. Kenyatta, ex-Président du Kenya.

Ce sommet a abouti à la signature d’un accord de cessez-le-feu imposé au groupe terroriste M23, à dater du vendredi 25 Novembre à 18H ainsi que le retrait par le M23 des zones occupées en RDC à partir du 27 Novembre. Suite à cet accord, les rebelles du M23 ont annoncé dans un communiqué avoir accepté de se retirer de la ville de Kibumba le 23 Décembre et de « céder ses positions de Kibumba à la responsabilité » de la force de l’EAC afin de faire un « geste de bonne volonté (…) au nom de la paix. ». Kinshasa affirme cependant que ce retrait est stratégique et que le M23 fortifie ses positions dans d’autres localités.

Une Désapprobation Croissante de la Position Rwandaise

Malgré la position Rwandaise qui affirme n’avoir jamais pris part à un conflit qu’il qualifie d’interne, le Rwanda a été indexé par un rapport de l’ONU à paraître dans les prochains jours et dont la teneur semble indiquer que le M23 aurait obtenu des armes, munitions et gilets pare balle du pouvoir de Kigali. Le document note qu’il y a des « preuves substantielles d’une intervention directe des forces de défense rwandaises sur le territoire de la RDC ». La frontière avec l’Ouganda serait aussi particulièrement poreuse car des images de drones semblent montrer la circulation d’artillerie, de munitions et de nouvelles recrues aux points contrôlés par le M23 à ces endroits.

Par ailleurs la France a officiellement condamné les actions du Rwanda. Les Etats Unis ont eux aussi, par l’intermédiaire de son Congrès, annoncé leur intention de se pencher sur les possibles violations des droits de l’Homme au Rwanda ainsi que l’implication du pays dans le conflit dans l’Est de la RDC.

Au Plan Juridique

La RDC a ratifié le Statut de Rome, devenant ainsi membre de la Cour Pénale Internationale en Avril 2002. A la demande du Gouvernement Congolais, la CPI a ouvert en Juin 2004 une enquête pour de possibles crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis dans l’Est de la RDC (dans les régions d’Ituri et les provinces du Kivu) commis depuis Juillet 2002. Sept mandats d’arrêts ont été délivrés et 4 procès ont eu lieu jusqu’à ce jour. Messieurs Lubanga, Katanga et Ntaganda ont été reconnus coupables des chefs d’accusations présentés tandis que M. Ngudjolo a été acquitté. M. Sylvestre Mudacumura est toujours en fuite.

Afficher l’image source

General Bosco Ntaganda, condamné à 30 ans d’emprisonnement 

Et Maintenant?

Le rapport complet de l’ONU est attendu pour faire la lumière sur le véritable degré d’implication du Rwanda dans le conflit dans l’Est de la RDC. La réponse de Kigali est attendue. Il faut aussi voir si le M23 tient ses engagements de retrait des zones occupées et si les partenaires stratégiques du Rwanda que sont la France, les Etats-Unis et maintenant l’Angleterre avec l’accord migratoire peuvent désamorcer une situation déjà bien compliquée.

Le 26 Décembre 2022