Les Causes et Implications de l’Extraordinaire Position du Président Elu Donald Trump sur le Groenland
Cela ne fait plus de doutes, Donald J. Trump sera investi le 20 Janvier 2025 après la certification le 06 Janvier des résultats par la Vice-Présidente et candidate vaincue, Kamala Harris. Après cette date, celui qui est à la fois le 45ème et 47ème Président des Etats-Unis sera en charge de la première puissance mondiale pour les prochaines 4 années.
Et si l’on décide de prendre au sérieux ses sorties, il reprendra les choses là où il les a laissées. Certaines de ses positions sont connues: saugrenues voire dangereuses pour une partie de l’opinion, espérées voire réclamées pour l’autre: il a par exemple promis l’enfer au Hamas et dans la bande de Gaza si les otages du 07 Octobre n’étaient pas libérés avant son entrée à la maison blanche. Sur l’un de ses thèmes forts, il s’est aussi engagé à déporter en masse des immigrants illégaux dès sa prise de pouvoir. Aucune surprise sur ces points, il a fait campagne et a été élu dessus.
D’autres dossiers, notamment de politique extérieure sont cependant moins clairs: par exemple, personne ne sait quelle est la position de la future administration Trump sur la question du conflit Ukraino-Russe. En effet, le Président élu Trump a fait preuve en la matière d’une retenue qui ne lui est pas caractéristique. Interrogé directement à plusieurs reprises sur le sujet, il a refusé de répondre, affirmant qu’il ne voulait pas mettre en péril les efforts pour trouver une sortie de crise.
Là n’est pas la grande surprise des derniers jours: depuis quelques semaines maintenant, Donald Trump a jeté son dévolu sur le Groenland, qu’il affirme vouloir contrôler. Comme en 2019, il propose de racheter l’Ile mais, en 2025, il va encore plus loin en laissant entrevoir la possibilité de l’acquérir par la force…
Présentation du Groenland
Le Groenland est la plus grande ile du monde, situé à l’est de l’Archipel Arctique dans le Nord-Est de l’Amérique du Nord. Bien qu’appartenant à l’aire géographique de l’Amérique du Nord, il est un territoire autonome politiquement et culturellement associé à l’Europe, puisqu’il est un territoire constitutif du Royaume du Danemark depuis 1813. Avec environ 60.000 habitants, le Groenland a l’un des taux de densité de population les moins élevés au monde.

Carte Groenland
L’ Intéret Américain pour le Groenland Expliqué
Dans un intérêt d’intégrité, il faut commencer par dire que ces sorties ne sont pas qu’une lubie Trumpienne. A sa décharge, Donald Trump n’est pas le Premier Président américain à avoir souhaité acheter l’Ile. La primeur revient en effet au Président Harry S. Truman qui avait proposé en 1946, d’acquérir l’Ile pour une somme de 100 millions de dollars. L’offre avait été refusée par le Royaume du Danemark. Si l’ile intéresse autant les différentes administrations américaines, c’est qu’elle présente selon les Etats Unis une importance stratégique cruciale. Une importance base militaire américaine a été installée sur l’ile de Thulé en 1941 et intégrée sous le commandement de l’OTAN en 1951; de plus l’Ile occupe une place centrale dans le dispositif antimissile américain. Les gouvernements américains ne sont pas les seuls à noter le rôle stratégique du Groenland, puisqu’en 2001, un journaliste américain, John J. Miller écrivait dans National Review Online de manière assez discourtoise que « c’est une honte qu’un pays aussi insignifiant que le Danemark puisse tenir une place aussi importante à propos d’un aspect aussi essentiel pour la sécurité des Etats des Etats Unis ».
Sa position géographique enviable n’est pas la seule attraction du Groenland: en effet, son sous-sol regorge de ressources naturelles jusqu’ici inexploitées puisqu’enfouies sous une calotte glaciaire millénaire telles que le fer, le nickel, le cobalt, l’or, les rubis et une eau si pure qu’elle est mise en bouteille et vendue dans certains pays du monde (Chine, Pays du Golfe, Etats Unis…) au prix de certaines bouteilles de vin de grand cru. Ces matières premières sont convoitées par les plus grandes puissances du monde qui ont sur ces dernières années, essayé de se rapprocher du gouvernement local pour conclure des partenariats sur le long terme, avec des succès divers.
A titre d’exemple, la Chine, représentée par une de ses compagnies a essayé d’intensifier son partenariat économique avec les autorités locales en essayant de gagner le marché de construction de trois nouveaux aéroports sur l’Ile. Leur proposition a cependant été rejetée en 2018. Une possible explication de ce rejet est que le domaine des infrastructures est extrêmement sensible puisqu’un port ou un aéroport peut ostensiblement avoir un objectif à la fois civil et commercial mais être transformé en un dispositif militaire sans grand effort. Avec une « annexion » des Etats-Unis par le Groenland, le Président américain pourrait donc faire d’une pierre deux coups, à un moment où les relations politico-commerciales entre la Chine et les Etats-Unis sont au plus bas notamment à cause du statut de Taiwan et des barrières douanières pour l’importation aux Etats Unis de certains matières premières nécessaires pour la construction de batteries téléphoniques par exemple.
Les Différentes Réponses aux Menaces d’Annexion du Groenland
La réponse des autorités danoises ne s’est pas faite attendre: le Roi Frederic X, a profité d’un changement prévu de longue date des armoiries du Royaume pour la première fois depuis 500 ans pour faire connaitre la position de la maison Royale. De fait, à la place des 3 couronnes qui représentaient le Danemark, la Norvège et la Suède, on peut maintenant retrouver sur deux des quatre quadrants, un ours et un bélier, symboles respectifs du Groenland et des Iles Féroé, les deux territoires autonomes du Royaume.

A droite, les Nouvelles armoiries Danemark
La réponse du gouvernement danois a été moins subtile puisque le Premier ministre Danois Mme Mette Frederiksen a répondu aux ambitions sur le contrôle et la propriété de l’Ile que « le Groenland n’est pas à vendre. Il est important que l’avenir du Groenland soit décidé par les Groenlandais eux-mêmes et non par quiconque d’autre ». Sans changer de position, elle a par la suite invité la nouvelle administration une fois qu’elle serait en place, à tenir des réunions pour maintenir voire renforcer le partenariat des deux pays.
Le premier ministre Groenlandais M. Mute Egede, a rencontré le Roi Frederik X, pour discuter des déclarations du Président Trump, alors même qu’une partie des groenlandais ne se satisfont plus du statut d’ile autonome et souhaitent obtenir leur indépendance complète. Devenir la 51ème colonie américaine ne semble pas être pour eux une option envisageable. Cependant, ils restent conscient de la nécessité de préserver de bons rapports avec les Etats Unis du fait de leur proximité géographique et de leurs relations commerciales.
L’Union Européenne est quant à elle restée mesurée, affirmant simplement que ses frontières étaient intangibles. Georgia Meloni, Premier Ministre Italien, a cependant exclu une annexion ou prise de controle du Groenland par les Etats Unis, estimant que la sortie du Président Trump était destinée au premier chef à la Chine.
Les Conséquences Juridiques d’une Telle Eventualité
La jurisprudence internationale est claire tant en matière de souveraineté et d’auto-détermination que d’annexion. S’agissant des deux premières notions, qui sont souvent traitées ensemble, la Cour Internationale de Justice (CIJ) a réaffirmé à plusieurs reprises que les Etats jouissent des droits les plus étendus pour la protection de leurs populations, ressources et frontières. Par exemple, dans l’affaire des Conséquences juridiques pour les Etats de la présence continue de l’Afrique du Sud en Namibie, la CIJ a rappelé que le mandat de l’Afrique du Sud pour le Sud-Ouest Africain était terminé et donc que tant sa présence sur le territoire que ses décisions prises en Namibie étaient illégales.
S’agissant de l’annexion mentionnée par le Président Elu Trump, la détérioration du contexte international actuel a permis à la Cour Internationale de Justice de réitérer dans son opinion consultative sur l’Occupation des Territoires Palestiniens Occupés par exemple, que toute annexion en fait ou en droit d’un territoire au-delà des frontières internationalement reconnues de la puissance occupante est illégale.
Les Implications Stratégiques d’une Possible Annexion
La possibilité d’une prise de contrôle y compris militaire du Groenland par les Etats Unis semble pour l’instant très peu probable. Du point de vue des relations internationales, il paraitrait impossible pour les Etats-Unis de continuer à condamner d’une quelconque façon l’opération militaire spéciale lancée par le Kremlin contre l’Ukraine en Février 2022 au motif qu’une entrée de cette dernière dans l’OTAN constituait une menace à la sécurité nationale de la Russie. Le Congrès américain, qui a à la fois le pouvoir d’approuver l’aide américaine à Kiev dont il est le principal pourvoyeur de fonds et celui de déclarer la guerre à une puissance étrangère serait dans une position juridiquement, politiquement, médiatement voire moralement intenable.
La deuxième implication d’une telle annexion serait de changer les frontières de l’Union Européenne puisque, comme nous l’avons rappelé, le territoire autonome du Groenland, appartient pour l’heure à la couronne Danoise, qui est membre de l’Union Européenne. Ce n’est d’ailleurs pas la seule organisation à laquelle le Royaume appartient, puisqu’il est membre fondateur depuis le 24 Aout 1949 de l’OTAN, aux cotés des Etats-Unis. Cette alliance présentée comme défensive, a pour pierre angulaire le principe d’assistance militaire mutuelle dans le cas d’une attaque d’un des pays membres. L’article 5 dispose que dans une telle éventualité, chaque partie « dans l’exercice du droit de légitime défense, individuelle ou collective, reconnu par l’article 51 de la Charte des Nations Unies, assistera la partie ou les parties ainsi attaquées en prenant aussitôt, individuellement et d’accord avec les autres parties, telle action qu’elle jugera nécessaire, y compris l’emploi de la force armée, pour rétablir et assurer la sécurité dans la région de l’Atlantique Nord ». Appliqué au cas d’espèce en vertu de son appartenance à l’Alliance, nous nous retrouverions dans une situation ubuesque où les pays membres dont 30 sont sur le continent Européen, pourraient dans le cadre d’une assistance, prendre des mesures politiques contre les Etats-Unis, principale force de l’OTAN.
Ce scenario qui reste en Janvier 2025 complètement impensable s’il devait arriver rebattrait complètement les cartes politiques, stratégiques et militaires applicables la scène internationale et mettrait en lumière l’échec du droit international.