33 ans de prison pour l’ex dirigeante de la Birmanie Aung San Suu Kyi

Figure incontournable de la Birmanie depuis la fin des années 80 et lauréate du Prix Nobel de la Paix 1991, Aung San Suu Kyi, 77 ans, a été condamnée à 33 ans de prison après un procès devant un tribunal militaire de la junte. Au nombre des chefs d’accusation, on pouvait noter entre autres corruption, fraude électorale, violations de secrets d’Etat et de restrictions anti-Covid 19 entre autres chefs d’accusations.

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Aung San Suu Kyi

La Politique en Héritage

Fille du Général Aung San qui avait été instrumental dans la négociation pour l’indépendance Birmane mais assassiné par un rival politique avant que le pays ne soit officiellement libre, Aung San Suu Kyi a connu une enfance émaillée de drames.

Après le meurtre de son père alors qu’elle n’avait que 2 ans, elle a perdu un frère alors 6 ans plus tard. Au milieu des années 50, sa mère Khin Kyi, commence à s’engager dans la politique et finit par être nommée ambassadrice de la Birmanie en Inde en 1960.

Un Parcours International

Aung San Suu Kyi rejoint sa mère à Delhi pour finir ses études secondaires avant d’étudier la philosophie, l’économie et la politique à l’Université d’Oxford de 1964 à 1968. Son prochain arrêt la mènera à New York, où elle travaillera pendant 3 ans à l’ONU en tant que secrétaire-assistante du comité des questions administratives et budgétaires.

Elle choisit cependant de rentrer en Birmanie en 1988 pour s’occuper de sa mère. L’année de son retour coïncide avec l’organisation de manifestations pro démocratiques dans tout le pays pour protester contre le parti socialiste alors au pouvoir. Ces manifestations sont violemment réprimées par la nouvelle junte militaire qui a pris le contrôle du pays. 

L’Engagement Politique

Dès son retour en Birmanie, elle soutient les manifestants et décide de créer avec d’anciens généraux un nouveau parti nommé la Ligue Nationale pour la Démocratie (LND) qui appelle à des réformes démocratiques. En Juillet 1989, Aung San Suu Kyi est arrêtée pour troubles à l’ordre public et est assignée à résidence. Elle y restera pendant 6 ans.

Cela n’empêche pas la LND de faire progrès remarquables au niveau politique puisqu’il remporte les élections générales de 1990, devenant ainsi de fait le parti de la majorité à l’Assemblée. Cependant ce résultat ne sera pas reconnu par la junte militaire et les députés élus ne sont pas autorisés à siéger. Pendant cette période d’isolement, elle recevra plusieurs prix internationaux dont le Prix Nobel.

Elle finira par être autorisée à quitter son domicile en 1995, mais sa liberté de mouvement continue d’être limitée. Elle choisit par exemple de ne pas quitter la Birmanie pour se rendre à l’enterrement de son mari de peur de ne pas pouvoir retourner au Myanmar. Les intimidations militaires continuent avec quelques fois des conséquences meurtrières. Cependant, elle bénéficie d’un soutien international important notamment aux Etats Unis et en Angleterre.

L’Exercice du Pouvoir

Autorisée à se présenter pour la première fois à une élection législative, elle devient officiellement députée en Mai 2012. Le succès est renouvelé en 2015. Elle ne peut cependant pas se présenter à l’élection présidentielle qui a lieu l’année suivante à cause d’une disposition constitutionnelle qui disqualifie tout candidat marié(e) avec un étranger, or elle est veuve d’un citoyen britannique. Cependant un de ses proches partisans remporte l’élection et la nomme conseiller spécial, lui confiant un « super portefeuille » de ministères divers (éducation, électricité, énergie, affaires étrangères…). Les élections législatives de Novembre 2020 sont une victoire totale pour la LND qui remporte 82% des suffrages. L’armée considère ce résultat frauduleux et finit par renverser le 01 Février 2021 le gouvernement en place et met Aung San Suu Kyi une nouvelle fois aux arrêts, ce qui conduit à un nouveau mouvement civil.

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Rassemblements contre le coup d’Etat militaire de 2021 au Myanmar

Au cours d’un procès devant un tribunal spécial, siégeant in camera, la junte affirme avoir découvert des millions de bulletins de vote irréguliers favorables au parti LND. Elle est aussi accusée d’avoir détourné des fonds publics pour la location d’un avion. Au total, elle a été condamnée à 33 ans de prison.

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Des Manifestants soutenant Aung San Suu Kyi

Au Niveau International

Extrêmement populaire dans son pays et appréciée à l’étranger, il faut cependant noter que sous la direction de son parti, la Birmanie/Myanmar a été accusée à de nombreuses reprises d’organiser un génocide de la population Rohingya. Un rapport de l’ONU avait démontré les actes de tortures et violences subies par les membres de cette communauté. Un bilan humanitaire désastreux dont elle ne peut pas totalement s’affranchir. Un procès est pendant devant la Cour Internationale de Justice.

La sentence prononcée contre Aung San Suu Kyi a été vivement critiquée. L’Union Européenne a dénoncé ce jugement, synonyme de « démantèlement général de la démocratie et de l’Etat de droit ». Les Etats Unis ont demandé sa libération « la condamnation définitive de la conseillère d’Etat Aung San Suu Kyi par le régime militaire birman est un affront à la justice et à l’Etat de droit ». Elle pourrait éventuellement faire appel de cette décision.

Le 30 Décembre 2022